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Actualité
Automobile : Rennes au coeur du séisme: il faut trouver des solutions
Communiqué de presse
Publication : 20 / 01 / 2009
1374 Consultations
Les Etats généraux de l’automobile se tiennent aujourd’hui. Objectif : trouver des solutions pour soutenir cette filière. En Bretagne, c’est le bassin rennais, autour de PSA, qui souffre le plus.
Quand donc va s’arrêter l’hémorragie sociale du poumon industriel de la région rennaise, touché par la baisse des ventes automobiles ? Les salariés, de plus en plus résignés, s’interrogent et s’inquiètent de l’avenir du site. Les élus aussi. « J’ai connu l’usine avec plus de 12.000 salariés en 2005, confie Philippe Bonnin, le maire de Chartres-de-Bretagne. Elle en compte aujourd’hui 7.800, et les effectifs vont encore baisser ».
De 12.000 à 6.000 salariés
Les mesures prévues pour 2009 (1.750 départs volontaires ou mutations) vont les ramener autour de 6.000 salariés. Et la suite ? L’incertitude actuelle a amené la municipalité de Chartres-de-Bretagne à différer certains de ses investissements. PSA apporte à la commune une manne fiscale qui alimente abondamment son budget.
Une manne fiscale
Les difficultés de PSA La Janais, qui fabrique les véhicules de gamme haute et moyenne du groupe automobile (C6, C5, 407...), alimentent toutes les conversations dans les commerces chartrais. Près de 200 salariés de l’entreprise y résident, plusieurs centaines de retraités y vivent. Les autres habitent dans les communes environnantes, Bruz, Saint-Jacques-la-lande, Mordelles, Chavagne, Pacé... Sans compter les salariés des équipementiers automobiles voisins (Vistéon, Gefco...), eux aussi pris dans la tourmente. Depuis l’implantation de l’usine dans la commune en 1961, Chartres-de-Bretagne (7.000 habitants) a bénéficié de la manne fiscale de PSA. Son développement est directement lié à l’histoire de l’entreprise.
Investissements ajournés
« PSA, c’est 50 % des équipements scolaires, sportifs, culturels, des services publics dont dispose aujourd’hui la commune », commente Philippe Bonnin. En clair, la moitié des ressources du budget communal provient de la présence de l’usine : 1,5 million d’euros pour la taxe foncière, 2,750 millions d’euros pour la compensation de la taxe professionnelle, sans compter les 290.000 euros du fonds départemental de la taxe professionnelle. « Le manque de visibilité pour les temps qui viennent et le risque de conséquences sur nos ressources nous amènent à ajourner quelques investissements, comme celui de la halle polyvalente », explique Philippe Bonnin.
80 millions pour Rennes-Métropole
Les retombées fiscales de PSA vont bien au-delà de Chartres-de-Bretagne. Rennes-Métropole perçoit annuellement de l’entreprise de La Janais quelque 80 millions d’euros de compensation de taxe professionnelle, qu’elle redistribue aux 37 communes qui composent la communauté d’agglomération. Pour l’instant, le prochain chantier de la deuxième ligne du métro rennais n’est pas affecté. Quel avenir pour PSA ? Les 50 millions d’euros investis par le groupe dans l’opération Cap 2010 ne suffiront sans doute pas à relancer la croissance du site. Il faudra d’abord que le marché retrouve des couleurs.
Yves Drévillon
« Mes enfants me demandent quand je vais reprendre »
Combien accepteront de partir ? Même rémunérés à 100 %, les salariés de PSA Rennes vivent mal leur chômage partiel. Le groupe compte sur 1.750 départs volontaires en 2009.
En décembre dernier, Jean-Yves, 37 ans, opérateur sur la ligne de la C5, chez PSA depuis 1999, a connu, comme ses collègues de travail, trois semaines de chômage partiel, qui va se poursuivre par une semaine en janvier. En février-mars-avril, ce sera pire, la production va être réduite de 75 %.
« Les plans se succèdent »
« Pour l’instant, je me suis efforcé de meubler le temps en faisant quelques travaux, par exemple couper du bois pour le chauffage, raconte Jean-Yves. Mes enfants me demandent quand je vais retourner au boulot ». Il souhaite conserver son poste à La Janais. Nadine, 43 ans, ouvrier professionnel, qui travaille à la formation des personnels travaillant sur les chaînes, est entrée à l’usine en 1989. Elle est aujourd’hui secrétaire du syndicat FO. « L’automobile a traversé des crises, j’ai connu les plans sociaux de 1993-94, mais les périodes étaient courtes, quelques mois, ensuite, on rebondissait, commente-t-elle. Aujourd’hui, les plans de départ se succèdent, 2007, 2008, 2009, et on n’est pas sûr que ce soit le dernier ». Pour passer le temps à la maison, elle a avancé ses travaux de peinture et de tapisserie, et elle va lire les livres qu’elle n’a pas pu parcourir auparavant. Eric, 46 ans, ouvrier professionnel au service du contrôle-qualité de la C5, a 26 ans de maison. Son père et sa mère y ont travaillé, son frère et sa sœur aussi. Il a connu l’âge d’or et toutes les secousses sociales de l’entreprise. « J’ai décidé de me rendre à la cellule de reclassement, une chose que je n’aurai pas imaginé il y a quelque temps, indique-t-il. J’envisage de m’installer à mon compte dans le commerce des articles de pêche ».
Mutation ?
Cathy et son mari, qui travaillent tous les deux à l’usine, parlent d’aller travailler sur un autre site du groupe, à Sochaux par exemple. Les chômeurs partiels de PSA ne sont pas les plus mal lotis, les gens leur font parfois remarquer qu’ils perçoivent la totalité de leur salaire. « On ne sait pas de quoi sera fait demain, cet accord sur les salaires ne va peut-être pas durer éternellement », s’inquiète Jean-Yves. Sur les 1.750 salariés concernés par le plan de départs en 2009, 900 doivent répondre à une proposition de mutation sur un autre site du groupe, à Sochaux, Mulhouse, Aulnay ou Poissy. Pas sûr que les candidats se bousculent au portillon.
Des États généraux pour relancer la filière
Plus de 1.000 participants sont attendus aujourd’hui aux États généraux de l ’ automobile, réunis par le gouvernement . Constructeurs, équipementiers, sous-traitants, représentants des salariés, experts ont été conviés au ministère des Finances pour examiner les problèmes conjoncturels liés à la crise et préparer les évolutions structurelles pour demain .
Entrée dans le capital ?
Parmi les d ifférentes propositions avancées , l ’ entrée de l ’ Etat au capital des constructeurs fait débat . Une proposition pourtant loin de faire l’unanimité. Pour Christian Streiff, patron de Peugeot PSA, le message est clair : « l’État ne doit pas se substituer au management de l’entreprise, ni à ses actionnaires ». De son côté, la CGT de Renault s’est dite favorable à ce que « l’Etat augmente sa part dans le capital » du constructeur, afin que « l’objectif ne soit plus le taux de profitabilité mais l’investissement industriel et la recherche ». En attendant, le gouvernement a indiqué que toute aide et soutien aux constructeurs seraient conditionné s à des contreparties : maintien des sites industriels et pas de fermetures d ’ usines en France . « Aujourd ’ hui, si on veut garder notre industrie automobile, il faut l ’ aider à se financer et l ’ aider à assurer sa mutation, à trouver de nouveaux débouchés et à être plus compétitive » , a résumé Luc Chatel , secrétaire d’Etat à l’Industrie . Toutefois, des annonces précises ne sont pas à attendre dès aujourd’hui . Luc Chatel remettra ses conclusions au président dans huit à dix jours et le plan pourrait être présenté début février.