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Procès AZF: le hangar 221 qui a explosé ? Connais pas...
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Publication : 16 / 03 / 2009
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DEPUIS LE BANC DES PARTIES CIVILES. «Au terme de la troisième semaine du procès, une question centrale se pose chaque jour avec une acuité croissante. Qui connaissait le hangar 221, celui qui servait à entreposer les ammonitrates déclassés et qui a explosé ? Personne n’est encore venu présenter de façon précise ce bâtiment dont, pourtant, tout le monde parle.
Monsieur Palluel est formel. Il ne sait pas, il ne se souvient pas, il ne peut répondre «ni par oui, ni par non». Monsieur Palluel était ingénieur au sein de l’usine AZF. La sécurité était sa préoccupation constante, en particulier pour les questions d’électricité. Alors, comme le bâtiment 221, n’était pas équipé d’électricité, Monsieur Palluel n’a aucun souvenir de l’avoir visité.
Monsieur Biechlin, directeur de l’usine jusqu’en 2001, ne sait pas non plus. Il n’a pas «de souvenirs particuliers du hangar 221». Pourtant, il était «passé partout». Sauf dans le 221. Il explique pourquoi : «Aucun de mes personnels n’avait considéré qu’il y avait un risque d’explosion». Il faut donc en conclure qu’il y avait des risques d’explosion partout, sauf dans le hangar 221. Monsieur Biechlin, qui pérore volontiers, ne dédaigne pas le paradoxe.
Monsieur Quinchon est un homme respectable. Normal pour un ingénieur général de l’armement spécialisé dans le domaine de la chimie. Il a fait un audit sur la sécurité de l’usine en Mars 1997, mais il n’est pas allé visiter le 221. Parce qu’on ne lui a jamais signalé qu’il fallait regarder le stockage des nitrates d’ammonium et qu’il n’a «visité que les bâtiments désignés par la direction».
Monsieur Maillot était directeur adjoint de l’usine, il a visité le 221 à deux reprises. Il se souvient en particulier qu’il n’y avait pas de détecteurs. Il se souvient que l’usine était une usine modèle, que le personnel était motivé. Il a oublié en revanche un incident relatif à la chute d’un ouvrier que lui narre le Président Lemonyer. Oubliée aussi, l’intervention sur des questions de sécurité de la société Delta. Sa mémoire n’est pas plus fiable en ce qui concerne la prise en compte des nitrates déclassés au sein de l’usine de Rouen. Il a une excuse, -«ça c’est passé il y a neuf ans, je n’ai pas de souvenirs».
Monsieur Ullman se souvient, lui. Pas du 221, non, mais de l’usine. Monsieur Ullman était auditeur pour un cabinet de certification norme 14001. C’est un homme calme et posé, mais c’est un homme qui fait tousser.
Après une succession de témoignages laudateurs décrivant l’usine comme un «modèle, une merveille», après la projection d’angéliques films d’entreprise chantant les louanges des ammonitrates, le témoignage de Monsieur Ullman fait tousser.
Monsieur Ullman a réalisé trois audits en 1998, 1999 et 2000 au sein de l’usine. Quand il y allait, il disait à sa femme qu’il allait chez Zola. Monsieur Ullman décrit une gestion des déchets «pas très optimale, loin s’en faut» sur un site qu’il décrit comme étant le pire qu’il ait jamais visité. Il évoque le climat social dans des termes peu amènes et calmement, mais fermement, dézingue le système de certification aux normes Iso 14001.
La certification est selon lui «le seul examen dont le résultat soit la réussite à 100%, c’est un vaste marché, ce sont des industriels qui jugent des industriels». Il décrit l’organisation des audits : «C’est une grande négociation, très généralement, c’est le marchand de tapis». Monsieur Ullman a demandé la suspension de la certification de la norme Iso 14001 pour l’usine AZF de Toulouse. Il n’a pas souvenir d’une autre suspension pour un autre site. Il termine en disant que lors des certifications, «le client est roi et qu’être certifié, ça ne veut rien dire».
Il ajoute qu’après sa demande de suspension de la certification, il a été débarqué de la démarche et que son successeur à accordé la certification. C’est peut-être parce qu’il a répondu par l’affirmative à la question de maître Léguevaques lui demandant s’il avait conscience que son témoignage n’allait pas plaire à tout le monde, que Monsieur Ullman sort étroitement accompagné par un policier.
Le lendemains, Monsieur Saint Paul vient témoigner. Monsieur Saint Paul fut directeur de l’usine AZF de 1990 à 1998. Il explique qu’il prenait tous les jours une heure pour faire le tour de l’usine. Alors le hangar 221, il connaissait. Enfin, il ne connaissait pas «spécialement» le 221. Il y a une raison à cela, c’est que «ce bâtiment ne posait aucun problème». Dans sa déposition écrite, il précise même que «ce bâtiment avait l’apparence d’un bâtiment dégradé sans qu’il le soit forcément».
Monsieur Gelbert, lui, connaissait le 221. Il y est allé, lors d’une visite avec le CHSCT. Ingénieur sécurité-environnement, il explique sa conception de la sécurité : «Nous considérons que la sécurité était assurée par la présence de personnes à proximité». S’il y avait bien des personnes à proximité du hangar 221 le 21 septembre 2001, on sait aussi le lourd tribut qu’elles ont payé à cette présence.
Monsieur Gelbert n’est pas plus rassurant quand il explique pourquoi il n’y avait pas de détecteurs de dioxyde d’azote dans le hangar. «La décomposition des ammonitrates est lente, dit-il, ce sont les fumées qui nous auraient alertés. On aurait eu largement le temps d’intervenir».
Au fil des témoignages, faute d’avoir un discours ferme et précis sur le hangar 221, un sentiment paradoxal turlupine le public. Le hangar 221 devenu tristement célèbre était, avant tout, l’inconnu du pôle chimique.»
Frédéric ARROU
Frédéric Arrou préside l’Association des Sinistrés du 21 septembre et est partie civile au procés.