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Le zéro carbone en pratique

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Publication : 04 / 09 / 2009
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THOMAS KARMAN EST DIRECTEUR GENERAL EUROPE DE GAZELEY


Voici un exemple concret de ce que peut faire un secteur d'activité pour réduire son impact climatique. Lorsqu'il est question de réduire celui du secteur logistique, on pense communément au transport routier. Bien que nous ayons consenti des efforts importants dans ce domaine, ils ne suffisent plus. L'utilisation de véhicules et de carburants propres ne compensera pas la croissance du trafic et donc l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Pas plus que la multimodalité ou la reconfiguration des modes de distribution visant à réduire la distance jusqu'au client final. C'est aussi vers l'impact carbonique du bâtiment logistique qu'il faut résolument se tourner. Nous en avons pris conscience très tôt, il y a dix ans. Nos initiatives portent déjà leurs fruits.

La plate-forme logistique de pointe se comporte aujourd'hui comme un bâtiment durable, voire à énergie positive. Autrement dit, elle produit autant, sinon plus, qu'elle ne consomme d'énergie selon les cas de figure, avec un résultat significatif sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L'éco-entrepôt génère globalement moins de nuisances pour l'environnement et la société, et s'intègre dans le paysage. Ce dispositif fera loi d'ici trois à cinq ans sur le marché de la logistique.

Déjà plus d'une trentaine de plates-formes en France et au Royaume-Uni se sont créées autour du concept d'éco-entrepôt. A l'initiative des investisseurs, des promoteurs ou des opérateurs logistiques, les premières plates-formes écologiques ont vu le jour au début des années 2000. La plate-forme de Bedford (UK) affichait notamment, dès cette période, des économies d'eau de 45 % et une réduction de ses émissions de CO supérieure à 5 %. Ce résultat n'a cessé de s'améliorer depuis. Sur des plates-formes comme celles de Chaponnay (Rhône), exploitée par Geodis, ou de Vatry (Marne), par Norbert Dentressangle, les économies d'énergie avoisinent 15 %, la réduction du COest de l'ordre de 20 tonnes annuelles pour des superficies de 40.000 à 50.000 m.

C'est énorme, mais c'est peu, comparé à ce que le mix intelligent des technologies dites « propres » ouvre comme horizon à la profession. Fin 2008, a surgi de terre, au Royaume-Uni, à Chatterley Valley (Staffordshire), un bâtiment capable de produire sa propre énergie, autrement dit « autosuffisant », à partir d'une centrale, construite d'ici à la fin de l'année sur le site, fonctionnant à la biomasse (c'est-à-dire à partir de déchets organiques). Il est équipé d'un toit en matériau Etfe suivant le modèle de la piscine olympique de Pékin. Une fois occupé, il affichera une dépense énergétique zéro, donc un bilan carbone zéro, assorti de la perspective de pouvoir commercialiser les kWh en surplus.

Le secteur cherche corrélativement à faire reconnaître ces initiatives dans le cadre de la démarche de haute qualité environnementale (HQE). Par exemple, en 2006, LR Services, opérateur logistique pour Mc Donald's, s'est doté d'une plate-forme à Beauvais qui respecte les normes de la démarche volontaire HQE. Sans pouvoir, cependant, se prévaloir du label ouvert aux seuls immeubles d'habitation ou de bureaux. De là à concevoir une démarche spécifique, il n'y avait qu'un pas. L'association Afilog, qui réunit notamment des industriels, des prestataires logistiques, des investisseurs, des promoteurs-développeurs et des aménageurs, a rédigé une charte développement durable et s'est associée avec Certivea, organisme de certification, pour créer la certification NF-HQE « plate-forme logistique durable ». Ce processus, volontaire lui aussi, et très exigeant, intègre des critères propres à l'activité du secteur (sécurité, confort, conditions de travail, ergonomie). Il introduit des objectifs de performance élevés, y compris en termes de bilan carbone. Le référentiel à venir s'étoffera des résultats de 19 sites pilotes.

Pourquoi un label ? Parce que le marché le demande, parce que les actionnaires l'exigent, parce que les collectivités qui vendent leurs terrains veulent montrer patte « verte » et sociale. Le tout sur fond de réglementations futures, dont on prévoit le durcissement à court terme. Mais au final, ce n'est pas tant la contrainte réglementaire que les divers bénéfices pour les parties prenantes qui inscriront définitivement ces objectifs dans la pratique.
La lutte contre le changement climatique et la protection de l'environnement n'aboutira que si elle prouve qu'elle est économiquement et socialement intelligente. L'éco-entrepôt répond à une demande forte du marché. Les appels d'offres des opérateurs et prestataires de services comme ceux de leurs clients imposent des clauses environnementales de plus en plus contraignantes. A la fois parce que la bonne gouvernance implique d'afficher sa responsabilité environnementale et sociale et parce que l'éco-entrepôt garantit une baisse des coûts d'exploitation. Réduire, par exemple, de 10 % la facture électrique (près de 100.000 euros annuels pour une plate-forme de 40.000 m) tout en diminuant de plusieurs centaines de tonnes les émissions de CO est un pari gagnant-gagnant. Se concilier les collectivités parce que la plate-forme logistique ne générera pas de nuisances et créera de l'emploi, c'est préserver la matière première de la logistique : le terrain. Construire et louer un bâtiment « durable » bien isolé, producteur de sa ressource énergétique, c'est préserver sa valeur patrimoniale, c'est créer un produit à haute valeur ajoutée pour la revente ou la location. Les surcoûts d'investissement (entre 300.000 euros et 1million d'euros, selon la sophistication des dispositifs) seront amortis à l'échelle de cinq à huit ans : bien moins que la durée de vie de l'entrepôt !







Source Les Echos