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Le pari du développement durable pour les entreprises

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Publication : 07 / 09 / 2009
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Clients, fournisseurs, investisseurs, ils exigent tous un niveau de performance environnementale. De plus, les nouvelles contraintes réglementaires imposent à l’entreprise de maîtriser ces impacts sur son activité. L’entreprise a donc tout intérêt à la prise en compte d’une démarche environnementale et à le faire savoir. Pour la mettre en place, des organismes comme l’ADEME disposent de nombreux outils et de méthodes éprouvées. Les entreprises peuvent aussi compter sur plusieurs normes officielles qui couvrent la performance environnementale et peuvent aboutir à l’obtention de certifications par des organismes agréés.
Dossier réalisé par Sébastien Colle et Guillaume Ducable.

«La performance énergétique, c'est une force»



Directeur régional de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), Frédéric Guillot apporte le soutien de son agence et de son réseau national aux entreprises qui souhaitent mettre en place une démarche de performance énergétique.
Quels sont vos domaines de compétences?
Notre rôle est incitatif et nous intervenons sur de nombreux domaines en amont pour des collectivités ou des maîtres d'ouvrage qui veulent aller plus loin que la stricte réglementation en matière d'énergie. Nous intervenons sur des domaines comme la maîtrise de l'énergie, le développement des énergies renouvelables, la gestion des déchets, la qualité de l'air... Mais aussi les aménagements durables comme l'optimisation des transports et bien sûr, sur la réduction des gaz à effet de serre.
Comment intervenez-vous auprès des entreprises? Que ce soit sur son process ou son bâtiment, l'entreprise se pose des questions et veut améliorer sa performance énergétique. C'est à ce moment-là qu'elle peut nous appeler. Nous disposons d'une quinzaine de collaborateurs dont les 2/3 sont ingénieurs avec de fortes compétences techniques et peuvent apporter un premier conseil gratuit. Dans la moitié des cas, ce premier conseil permet d'apporter une réponse directe. Si la question à traiter est plus complexe, nous allons faire appel à une étude, qui part du pré-diagnostic, jusqu'à l'étude de faisabilité.
Concrètement, quelle est votre démarche? Notre premier soutien à l'entreprise consiste à aider à la rédaction d'un cahier des charges. Puis nous orientons l'entreprise vers des professionnels compétents, habilités à réaliser des études, d'où l'utilité de notre réseau national, car il est rare de trouver un spécialiste à sa porte. Enfin, nous pouvons apporter un soutien financier à hauteur de 50% du coût de l'étude. Bien sûr, pendant le processus, l'entrepreneur reste maître d'ouvrage de son étude. Ces financements peuvent être complétés par d'autres financeurs comme la Région.
Ces études sont-elles abordables pour les entreprises? La plupart de nos actions concernent de petites études sur des process ou des bâtiments. Le coût de ces études varie entre 5.000€ et 10.000€.
Quelles sont les demandes des entreprises? Il y a deux approches. Les études spécifiques, selon les process et leur impact et puis les démarches transversales au cours desquelles les entreprises nous demandent d'améliorer leur performance environnementale: l'approche est donc ici plus globale. Pour cela, l'ADEME dispose d'outils qu'elle a mis au point, comme le bilan carbone qui existe depuis cinq ans. Un outil qui permet de prendre en compte l'impact des gaz a effet de serre sur l'ensemble de l'activité de l'entreprise. C'est un outil précieux d'aide à la décision opérationnelle. Il permet de cerner les impacts, les enjeux et d'agir derrière sur tel ou tel secteur. Parmi les postes les plus problématiques, on trouve celui du transport et de la logistique qui représente souvent près de 50% des émissions de gaz à effet de serre des entreprises.
Une fois le bilan réalisé, quelles actions proposez-vous? Le bilan dé
bouche sur un plan d'actions. Il peut concerner la logistique ou encore la conception des produits avec la démarche d'éco-conception qui permet de limiter les impacts lors de la conception d'un produit. La partie transports est souvent abordée, mais en France, ce n'est pas facile de changer les habitudes, et la part du routier est très importante. Pourtant des solutions intermédiaires existent comme le ferroutage ou le transport fluvial. Et même si sur le moment, l'opération peut apparaître non rentable, sur le moyen terme, elle le deviendra.

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«L'environnement est au coeur de nos cahiers des charges»

Chef du service des marchés pour la ville duHavre et la Communauté d'agglomération duHavre (CODAH), André Fournier explique que la démarche développement durable fait désormais partie intégrante du cahier des charges des appels d'offres.
Comment intégrez-vous le développement durable dans vos appels d'offres? Depuis 2006, le Code des marchés nous crée une obligation de prendre en compte des objectifs en terme de développement durable. Ils sont non précisés sauf dans des articles qui définissent des spécifications techniques et précisent ce que l'on peut accepter en termes de performances, d'éco-labels ou encore de normes, d'exigences fonctionnelles. L'obligation pour nous étant d'utiliser une norme connue et reconnue par des organismes agréés et conforme aux normes européennes.
Avez-vous des objectifs?
Il n'y a pas d'objectifs chiffrés, cependant, chaque collectivité peut les définir. Il existe chez nous, par exemple, une exigence pour que les produits que nous utilisons soient labellisés. Ainsi, nous avons l'obligation d'utiliser pour tout ce qui est reprographie, un papier qui répond à toutes les normes de papier blanc recyclé. En fait, nos appels d'offres ont évolué en fonction des possibilités du marché: au début, il était très difficile de trouver du papier recyclable.
Quelles sont vos exigences en matière de grands chantiers?
Depuis dix ans, nous intégrons des clauses spécifiques (Codah et Mairie) avec une obligation relative à l'évacuation des déchets de chantiers. Pour cela, des centres ont été agréés en fonction de la nature des déchets et un contrôle est effectué pour assurer la traçabilité. Dans le cas où le prestataire ne s'acquitte pas de cette obligation, des pénalités sont appliquées. Autre obligation, en matière d'électricité, celui qui détient le marché d'entretien de l'éclairage public doit redonner toutes les lampes usagées aux services municipaux car nous avons un contrat avec une société pour la reprise de ces lampes.
Qu'en est-il des chantiers du Grand stade et du futur Tramway?
Sur le Grand stade, il faut savoir que cinq des quatorze cibles HQE du projet concernent la performance environnementale. Parmi celles-ci: la relation harmonieuse avec l'environnement, la gestion de l'énergie (architecture bioclimatique, isolation des locaux), la gestion de l'eau, les performances environnementales de l'ouvrage... En ce qui concerne le Tramway, nous avons privilégié la pertinence des choix techniques, des choix architecturaux et environnementaux pour retenir un projet. Autre réalisation d'importance, le site de Moteaux à la sortie de la ville qui va concerner le regroupement de plusieurs services municipaux. Ici, nous avons choisi une procédure particulière: «Le dialogue compétitif». L'objectif est de discuter avec trois ou quatre candidats sélectionnés d'un programme fonctionnel afin d'aboutir à la construction d'un bâtiment basse consommation. La solution choisie sera assortie de conditions de contrôle et de maintenance.

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Le transport fluvial: un transport durable

La papeterie rouennaise UPM-Kymmene et le syndicat de gestion de déchets parisien Syctom se sont associés pour mettre en place un système de transport fluvial capable de réduire l'empreinte environnementale de leurs flux de marchandises.
C'est en constatant l'absence de solution logistique intermodale qui réponde aux critères de maximisation des marchandises et permette l'optimisation du transport sur la Seine, que le syndicat de gestion de déchets parisien Syctom et la papeterie UPM-Kymmene France (site Chapelle Darblay), se sont associés pour créer le projet «Transporter durablement sur le fleuve».

Une démarche récompensée
Un projet mis en place fin 2008 dont l'objectif est: «La gestion des flux de déchets de papier du Syctom en transport fluvial en respectant des contraintes économiques et techniques», explique Jacky Papin, responsable logistique France chez UPM. Le développement des outils intermodaux nécessaires (des containers de 45 pieds avec bâches des deux côtés et l'utilisation de barges), permet la gestion des flux de déchets de papier dans un sens (Paris-Rouen) et celui des bobines de papier dans l'autre sens, afin de réduire l'empreinte environnementale des flux et leur impact sur la congestion routière. «L'idée, c'était de ne jamais voyager à vide». Le 3juillet dernier, l'initiative d'UPM et de son partenaire s'est vu récompensée lors la remise des prix «Les initiatives de l'économie 2009» (Une opération qui récompense les actions méconnues au service des entreprises). Le jury ayant précisé que le dispositif: «Vise l'ensemble des sociétés ayant des flux qui doivent répondre aux mêmes contraintes techniques et qui pourraient à ce titre utiliser cet outil intermodal». Avec ce principe de barges, UPM espère traiter 375.000 tonnes de papier recyclé par an et la même quantité pour ce qui est du produit fini. Une initiative nécessaire lorsqu'on est un groupe Finlandais exploitant les ressources forestières: l'environnement est une préoccupation de premier rang. C'est le message que veut faire passer Upm-Kymmene pour qui «La rentabilité économique n'est pas l'élément déterminant dans le choix du mode fluvial».

Des objectifs importants
4.500 camions en moins sur la route, c'est l'objectif du projet, explique Jacky Papin: «On estime qu'il permettra de diminuer de 40% les émissions de CO2. Aujourd'hui, ce système représente 15% de notre activité papier recyclé et autant pour notre produit brut. Aujourd'hui, nous sommes capables de transporter 30 containers de 45 pieds par semaine. À moyen terme, nous espérons pouvoir transporter 45 containers, soit 50 de plus».

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Normes et certifications

Plusieurs normes officielles couvrent la performance environnementale et peuvent aboutir à l'obtention de certifications par des organismes agréés. La norme ISO 14001 Elle explique les exigences requises pour la mise en place d'un système de management de l'environnement et autorise la certification par un organisme tiers. Elle s'adresse à toutes les entreprises quelsque soient leurs tailles ou secteurs d'activités. Grâce à elle, l'entreprise démontre sa capacité à respecter les exigences environnementales: une clé indispensable envers les clients, partenaires et collaborateurs. L'évaluation AFAQ 1000NR Cette certification est un outil d'évaluation et de reconnaissance externe de la démarche de développement durable des entreprises. 2 grands axes d'évaluation: l'approche stratégique et les pratiques managériales; les résultats environnementaux, sociaux et économiques. La norme OHSAS Elle concerne le management de la santé et de la sécurité du travail. REACH Réglementation européenne qui impose aux entreprises de prouver qu'elles ne commercialisent pas de produits incluant des substances chimiques dangereuses pour la santé des consommateurs et pour l'environnement. À venir: La future norme ISO 26000, s'intéresse à la responsabilité sociale des entreprises. Sa publication est prévue en 2009. Cette norme doit donner les grandes lignes directrices sur les questions centrales de la responsabilité sociale (RS) et en particulier sur l'environnement, les droits de l'homme, les conditions de travail, la gouvernance des organisations, les bonnes pratiques des affaires, les questions relatives aux consommateurs. Plus de 70 pays sont représentés dans l'élaboration de cette norme ainsi que des organisations telles que l'OIT (organisation internationale du travail).

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Le Fonds Chaleur. Produire de la chaleur renouvelable

Confiée à l'ADEME, la gestion du Fonds Chaleur doit permettre d'accroître la production de chaleur renouvelable. C'est l'une des cinquante mesures opérationnelles en faveur du développement des énergies renouvelables prises par Jean-Louis Borloo, lors du Grenelle de l'Environnement.



La production de chaleur représente environ un tiers de la consommation d'énergie finale en France. Celle-ci est essentiellement produite par des énergies fossiles, émettrices de gaz à effet de serre. Pourtant, la chaleur peut être produite à partir d'énergies renouvelables. Fort de ce constat, le Grenelle de l'Environnement a proposé un objectif d'accroissement de la production de chaleur renouvelable de 10,1 Mtep (Millions de tonnes équivalent pétrole, Ndlr) à l'horizon 2020.

Un résultat multiplié par cinq
Les financements qui existent dans le cadre des Contrats de plan État Régions génèrent chaque année 85.000 tep supplémentaires de chaleur renouvelable. L'objectif du Fonds Chaleur est de multiplier ce résultat par cinq. Il est destiné à aider financièrement au développement de la production de chaleur à partir des énergies renouvelables telles que la biomasse, la géothermie et le solaire par le remplacement ou la création de nouvelles installations. Ce Fonds est destiné aux entreprises, aux collectivités et à l'habitat collectif.

Un fonds compatible avec d'autres aides
Doté d'un budget d'un milliard d'euros pour les trois prochaines années, le Fonds Chaleur doit permettre à la chaleur renouvelable d'être vendue à un prix inférieur d'au moins 5% à celui de la chaleur produite à partir d'énergie conventionnelle. Autre avantage des aides du Fonds Chaleur, celles-ci sont compatibles avec l'encadrement européen. Les entreprises ou réseaux de chaleur soumis au Plan national d'allocation des quotas (PNAQ) sont éligibles aux aides du Fonds Chaleur. Enfin, le niveau d'aide proposé peut être atteint par le Fonds Chaleur seul ou en combinaison avec des crédits régionaux FEDER.

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Économies d'énergie. Un retour sur investissement rapide

Installé à Pont-Audemer (27), le site Gemalto, spécialisé dans la fabrication de composants microélectroniques et la production de cartes à puces, a investi dans l'achat de compresseurs à vitesse variable. En trois ans, l'usine a réalisé un gain de 20.000kW par semaine.



Maîtriser les coûts énergétiques tout en optimisant les performances: le site Gemalto de Pont-Audemer a effectué plusieurs investissements depuis 2004 qui lui permettent aujourd'hui de réaliser des économies substantielles. Responsable des services généraux du site, Pascal Costey annonce un gain de 20.000kW par semaine sur trois ans: «L'achat de compresseurs à vitesse variable a été déterminant dans notre politique d'économies d'énergie. Le dernier compresseur que nous avons acheté nous a permis de réaliser un gain de 20.000€ par an». Acheté 40.000€, le dernier compresseur acquis par l'entreprise économise 8.000kW par semaine: «C'est à dire qu'en deux ans je peux rentabiliser l'investissement pour un matériel dont la durée de vie peut aller jusqu'à huit ans».

Une arme avec la clientèle
«Depuis plusieurs années, et pour conserver notre image de progrès, nous remplaçons nos équipements énergétiques, à partir de choix technico-économiques. Des plaquettes ont été réalisées en collaboration avec l'Ademe pour nous permettre de mettre en avant ces choix auprès de nos clients. C'est une démarche souvent très appréciée». Politique environnementale, démarche globale, certification ISO 18.001, le site de Gemalto s'est engagé dans une véritable démarche environnementale. Des démarches que Pascal Costey entend bien poursuivre: «Nous avons acheté un groupe de froid à récupération de chaleur. L'idée c'est qu'à partir de la climatisation des locaux on récupère le chaud pour alimenter les batteries d'eau chaudes au niveau des climatisations: elles deviennent donc autonomes. Une démarche que nous allons dupliquer sur notre second poste de climatisation. Ainsi, nous n'utiliserons plus les chaudières d'avril à octobre. Un gain important d'énergie».

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Quid de la taxe carbone?

L'idée de la taxe carbone aura fait son chemin, depuis les propositions de Nicolas Hulot lors de la campagne présidentielle de 2007 jusqu'au Grenelle de l'Environnement, pour finir par le rapport remis par Michel Rocard à Nicolas Sarkozy pendant l'été et qui préconisait une somme de 32€ par tonne de CO2 émise. Nous serions aujourd'hui plus près des 15€ par tonne, si l'on en croit les différentes déclarations de Christine Lagarde, Éric Woerth, ou encore Chantal Jouanno, la secrétaire d'État à l'Écologie qui évoquait, il y a peu, une fourchette comprise entre 14€ et 20€. Dans le détail, les produits taxés seraient le gaz, le pétrole et le charbon: sur une base de 32€ par tonne, le prix de l'essence pourrait selon certaines estimations grimper de huit centimes par litre! La France, qui s'est engagée à diviser ses émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici 2050, veut faire vite. La taxe carbone devrait donc être débattue à l'automne lors de l'examen de la Loi de finance 2010 pour une application au 1erjanvier prochain. Elle pourrait rapporter près de quatre milliards d'euros à l'État.