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Objectif Zéro sale con, de Robert Sutton, chez Vuibert

Publication d'ouvrage
Publication : 28 / 11 / 2007
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Robert SUTTON, professeur de management à Stanford Engineering School, s’est intéressé aux liens entre les connaissances en management et l’organisation de la prise de décision, de l’innovation, de la performance. Objectif Zéro-sale-con est son 4ème ouvrage.

« Objectif Zéro-sale-con est un petit guide de survie face aux connards, tyrans, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail ».

Ce livre s’adresse à tout le monde. En effet, que vous ayez eu ou non à faire à un sale con dans votre environnement professionnel ou même privé, il peut vous intéresser car vous serez malheureusement probablement amené un jour à côtoyer un sale con. Si ce n’est déjà fait, la lecture de ce livre vous apprendra alors comment y échapper et surtout vous informera que vous être loin d’être le seul ! Le thème abordé et le titre provocateur choisi par l’auteur font vendre.
C’est avec une plume pleine d’humour que l’auteur traite d’un sujet sérieux de notre société. Le titre du livre et son sujet attirent un bon nombre de lecteurs curieux. En effet, tout le monde connaît ces « sales cons » dont parle Robert SUTTON, et son livre est une réelle solution pour ceux qui subissent encore les colères de ces cons. Après la lecture de cet ouvrage, on reste déprimé et consterné par la quantité de sales cons existants et à la fois soulagé de ne pas avoir été le seul à subir cette espèce de personnage arrogant, égoïste et terrorisant.

Un constat bien maîtrisé

À travers l’ensemble du livre, l’auteur s’est attaché à fournir des preuves de ce qu’il avançe se basant sur différentes études ou témoignages. Il nous livre ainsi une richesse d’informations. Il n’hésite pas non plus à dénoncer quelques noms de personnages politiques ou PDG de grandes entreprises à partir du moment où il a les preuves de ce qu’il affirme.

Robert SUTTON nous révèle, entre autres, l’importance du Coût Total des Sales Cons (CTSC) dans les entreprises. Pour “limiter leur potentiel de dévastation” et les “rééduquer”, l’auteur propose de calculer le CTSC en prenant en compte le taux de démissions et de dépressions dans leur entourage. Là encore, les résultats sont frappants et font prendre conscience aux lecteurs de l’importance de l’impact des cons dans une entreprise.

Souvent redondant dans ses propos, Robert SUTTON nous livre un constat de la société actuelle : des cons, il y en a et il y en aura toujours. Même si les ressources humaines tentent de limiter les éléments perturbateurs à coup d’entretiens et d’évaluations, Les emmerdeurs sont souvent des gens qui ont peur de ne pas être à la hauteur ou qui s’enferment dans des schémas dont ils ne souhaitent pas sortir, relate Maryvonne Lorenzen, responsable du coaching pour l’Europe chez Korn Ferry. Beaucoup refusent de se voir comme ils sont et de se soumettre à une thérapie ou un coaching.

Des solutions un peu trop ambitieuses

ert SUTTON indique aux lecteurs que les sales cons ne sont pas seulement une gêne, comme on aurait pu le penser, mais un gros obstacle à la réussite dans les entreprises. Il s’inspire de travaux de recherches en psycho-sociologie et en théorie d’organisation pour montrer comment créer un environnement de travail civilisé. Mais peut être fait-il ici allusion au modèle d’une entreprise plus américaine que française. De sa vision utopiste, l’auteur propose des solutions quelques fois un peu trop ambitieuses car « éradiquer » les cons est tout simplement infaisable, il faut plutôt apprendre à vivre avec.

C’est ainsi que Robert SUTTON propose de se « débarrasser des cons » en les virant, mais cette procédure est quasi impossible en France puisque que, pour licencier quelqu’un, il faut que ce soit pour une cause réelle et sérieuse. Et malheureusement, être un con est considéré comme étant une cause subjective dans le système français.

Autre proposition de l’auteur : reconnaître les sales cons dès l’entretien d’embauche, mais il n’est pas toujours évident de le faire ! Peut-être aurait-il été intéressant d’étudier la façon dont on peut travailler avec des sales cons. Quelles sont les méthodes pour ne pas être trop affecté par leur comportement ? Car de toute façon, et d’ailleurs l’auteur le dit lui-même, il y aura toujours des sales cons. Même en appliquant l’objectif zéro sales cons, il ne sera pas évident de tous les faire disparaître. Et comme Robert SUTTON le dit si bien, les sales cons sont nécessaires dans une entreprise pour qu’on puisse reconnaître ceux qui ne le sont pas. Apprendre à vivre avec eux est la meilleure des solutions !

Nous pensons qu’il serait préférable de s’attarder à donner une méthode pour bien vivre son parcours en entreprise malgré les cons qu’on peut y rencontrer. Il est aussi important de savoir leur faire face. Rencontrer des sales cons sur son parcours professionnel ou personnel n’est pas toujours évident, mais il peut aussi forger le caractère et la personnalité. Nous devenons ainsi plus fort ou faisons plus facilement face aux problèmes de la vie quotidienne. D’autre part, les cons ne sont pas aussi néfastes que l’on pourrait le penser puisque les idées naissent de la confrontation d’opinions et de personnalités. Et puis, qui n’a jamais été con une fois dans sa vie ? La connerie est humaine ! Il faut donc un bon management pour gérer et encadrer les différentes humeurs et personnalités de chacun, ce que Robert SUTTON oublie de clarifier.

Elargissons le débat !

En intégrant ce qui est indiqué dans le livre à la France, nous pourrions élargir le débat sur le rôle du manager en France. Pour nous, le malaise dans les entreprises commence plutôt par le management et l’organisation des entreprises françaises.

En France, le style du management est en général plus autoritaire que démocratique. Le partage de l’information et la prise de décision par la hiérarchie ne sont pas encore ouverts en comparaison avec les entreprises américaines. Les sociétés françaises sont encore trop rigides et obéissent à une structure très hiérarchisée.

Selon nous, c’est cet écart entre la direction et les employés qu’il faut réussir à combler. Et comment ? Par le management ! Rendre plus souples les structures des entreprises et leur organisation nous paraît incontournable et cela passe par une bonne qualité du management.

Les managers doivent être là pour faire appliquer les décisions de la direction mais aussi échanger, partager avec son/ses équipes(s) et faire remonter l’information auprès de la direction. Mais aujourd’hui encore, les flux d’informations ne circulent bien souvent que dans un seul sens : la communication est descendante.

L’existence de cons dans les entreprises peut ainsi être expliquée par ce malaise français. Sans organisation plus souple et sans appliquer le management performant, il apparaît dans une entreprise :

des employés se sentant incompris, sans aucune reconnaissance de la part de leur hiérarchie qui, par la suite, témoignent une totale indifférence pour leur entreprise.
des dirigeants et managers en rapport de force pour établir leur autorité et hiérarchie au sein de l’entreprise.
Une chose est sûre : l’épanouissement du collaborateur en entreprise est fondamental et est encore trop peu pris en compte par les entreprises. Elles vont devoir y travailler, très prochainement, en se questionnant sur leur organisation et leur management si elles veulent prospérer et conserver leurs employés. Notons tout de même un début d’effort avec l’apparition des séminaires de management, des coachs…

La critique de cet ouvrage, vu sous un angle planning stratégique, a été réalisée par Claire Marion, Sandrine Piedras, Sophie Providas et Sabrina Quéré