La fonction production, un remarquable tremplin

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Publication : 15 / 04 / 2008
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Les ingénieurs en charge de la fabrication de produits ne doivent pas seulement afficher de solides compétences techniques : ils doivent aussi avoir le sens des relations humaines et le goût du terrain.

Elle constitue l'un des débouchés les plus évidents pour les ingénieurs... Et pourtant, la fonction de production souffre auprès d'eux d'un sérieux déficit d'image. Beaucoup l'assimilent à des métiers fastidieux et à des ateliers graisseux, le plus souvent dans l'industrie lourde. Et leur préfèrent les métiers du conseil ou de l'ingénierie financière, jugés moins « salissants » et plus rémunérateurs.

Ces clichés masquent la réalité d'une fonction qui dispose pourtant de beaucoup d'atouts, et donne en outre accès à des responsabilités élevées. Les ingénieurs de production ont pour mission de mener à bien les opérations de fabrication des produits, en respectant les contraintes de coût, de qualité et de délais. Ils ne sont pas employés seulement par la sidérurgie ou par l'industrie automobile : la chimie, la pharmacie, l'agroalimentaire et les industries électroniques, les télécoms, voire la « high-tech » en mobilisent aussi de forts contingents. La fonction recouvre plusieurs postes distincts : directeur de fabrication, de site industriel, chef de projet, responsable des process ou de l'organisation...

Sens du contact impératif

« Chaque matin, je me lève en ayant envie d'aller travailler », affirme Bruno Joncour, quarante-huit ans. Il est responsable de la méthode et de la coordination chez Garnier-Thiébaut, une PME de Gérardmer, dans les Vosges, qui fabrique des tissus d'ameublement pour l'hôtellerie et la maison. Loin de l'image du secteur textile sinistré, la société est gérée comme une entreprise de mode et réalise 40 % de son chiffre d'affaires de 21 millions d'euros à l'export. « Il n'est pas donné à tous les ingénieurs de traiter non seulement de questions industrielles, mais aussi de commercial et de management », souligne-t-il.

« Un bon ingénieur de production est aussi quelqu'un qui va serrer les mains dans l'atelier le matin », souligne de son côté Nicolas Vermersch, directeur général du cabinet de recrutement Michael Page, en charge de la division « ingénieurs et techniciens ». La fonction implique en général l'encadrement d'une équipe : le sens des relations humaines et celui du management comptent autant que les compétences techniques. L'ingénieur de production est aussi en contact fréquent avec les clients, notamment pour négocier la fabrication du produit.

La fonction est en outre la « voie royale » pour la direction d'une unité, voire de l'entreprise quand il s'agit d'une PME. La polyvalence de l'ingénieur de production, son expérience de l'encadrement, des relations sociales et des négociations avec les syndicats, comptent beaucoup. « Nombre d'entre eux ont suivi une formation complémentaire en gestion », relève Nicolas Vermersch. Il est également possible d'évoluer vers d'autres postes : la direction technique, la maintenance, l'organisation, la qualité, la R&D. Des passerelles existent aussi vers les entreprises clientes ou vers les cabinets de conseil.

Un ingénieur frais émoulu d'une école ne commence pas forcément par la production. Les entreprises préfèrent souvent les faire débuter dans des fonctions transversales, comme les études, la qualité ou la R&D, histoire de les familiariser avec le produit. Autant d'étapes qui peuvent conduire, dès le deuxième poste, à la production.

JEAN-PHILIPPE VON GASTROW




Source Les echos