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Actualité
Le Maroc en quête de normes
Article
Publication : 31 / 01 / 2007
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A l’exception d’un faible nombre d’entités exportatrices, la notion de normalisation est encore absente dans l’esprit des entreprises
Parler de normes au Maroc, cela porterait presque à sourire. Les préoccupations des entreprises sont encore loin de ces considérations, surtout quand elles n’exportent pas.
Pourtant, si elles veulent profiter des opportunités offertes par l’ouverture des marchés, elles devront, comme leurs consoeurs européennes ou américaines, se conformer à des exigences très strictes. Il est temps de s’y préparer. C’est ce qu’affirme la Chambre Française de Commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) dans un récent numéro de son dossier de conjoncture intitulé « Les entreprises face aux normes ».
La normalisation est une activité naissante au Maroc. Alors que le cadre juridique du système de normalisation a été mis en place dès juillet 1970 avec la création du SNIMA (Service de Normalisation Industrielle Marocaine) qui dépend du ministère du Commerce et de l’Industrie, la logique protectionniste du marché qui s’en est suivie n’a pas favorisé son éclosion.
En 1993, pas plus de 700 normes figuraient au catalogue national. Il a fallu attendre le milieu des années 90 pour que la production de normes décolle vraiment. De 926 normes fin 1995, la production du SNIMA a atteint 2601 normes en 2000, et 5 778 fin 2005. Un chiffre promu à doubler d’ici 2010.
La norme, pilier du système commercial mondial
Pour Abdellah Nejjar, directeur de la Normalisation et de la Promotion de la Qualité, « les normes sont en voie de devenir le pilier du nouveau système commercial mondial. Avec l’élimination des obstacles au commerce et aux investissements et l’évolution des technologies de l’information, la normalisation joue un rôle de plus en plus important dans les marchés et s’étend actuellement aux aspects liés à la santé, la sécurité et l’environnement qui sont de plus en plus considérés dans les accords et les codes internationaux ».
Il est donc nécessaire, pour le Maroc, de mettre en place un cadre normatif adapté et productif pour réussir son intégration à l’économie mondiale. Or, d’une manière générale, la notion de normalisation est encore absente dans l’esprit des entreprises marocaines, excepté pour un petit noyau constitué essentiellement d’entités exportatrices, et donc confrontées à des exigences très strictes dans ce domaine.
« Le volume de production de normes dépend des besoins du marché et des opérateurs économiques », précise Abdellah Nejjar. « Or, il n’existe pas de demande réelle de la part des entreprises locales. Elles sont encore frileuses dans ce domaine », regrette-t-il.
A l’image du SNIMA, certaines associations professionnelles, comme la FNBTP (Fédération Nationale du Bâtiment et des Travaux Publics), aimeraient voir le rythme de production de normes s’accélérer dans leur domaine d’activité (909 normes dans le secteur BTP) et un accompagnement par la mise en place d’un cadre réglementaire qui favoriserait l’application des normes avant tout volontaire. Pour Mostapha Meftah, directeur délégué de la FNBTP, « la normalisation est une bonne chose pour la profession. Lorsque les normes ne sont pas appliquées, les entreprises organisées sont pénalisées par rapport à celles qui évoluent dans le secteur informel. Elles sont à l’aise sur les marchés publics puisque les cahiers des charges font référence à l’application de normes. Mais c’est loin d’être cas sur les marchés privés ».
Cependant, la référence à l’application de normes dans les cahiers des charges des marchés publics traduit bien l’insuffisance du champ couvert aujourd’hui par les normes marocaines. Une phrase commune à presque tous les cahiers des charges précise en effet que le prestataire doit se conformer à toutes normes marocaines applicables et, à défaut, aux normes françaises, voire même internationales.
Transposition des normes françaises
Cette référence aux normes françaises, dont nombre d’entre elles sont conformes aux normes internationales, constitue d’ailleurs le pilier de l’élaboration des normes marocaines. Sachant qu’il faut entre trois à cinq ans pour rédiger une norme ISO (International Organisation for Standardization) ou IUT (International Telecommunication Union) la référence dans le domaine des télécommunications, et au minimum deux pour une norme au CEN (Comité Européen de Normalisation), on voit mal comment le Maroc parviendrait à atteindre ses objectifs de production de normes d’ici 2010. « Partir de zéro signifierait que tous les professionnels d’un secteur, entourés d’experts et de spécialistes, se réunissent pour élaborer une première conception. Il faudrait ensuite faire subir différents tests au produit, ce qui implique de nombreux allers et retours. Si la moindre défaillance apparaît lors des tests, il faudrait tout reprendre depuis le départ, etc… », souligne Omar Benaicha, directeur général adjoint du Bureau Veritas à Casablanca. « Cela ne sert à rien de partir de zéro s’il existe un référentiel solide ailleurs. Le choix des normes françaises est d’autant plus justifié que 60 % des biens d’équipement sont importés de France », poursuit- il. Ghazi Ben Abderrazik, directeur du Centre d’Essais et d’Etudes Electriques du LPEE (Laboratoire Public d’Essais et d’Etudes), est du même avis.
« L’industrie marocaine est une industrie importée qui fonctionne avec des biens d’équipements issus majoritairement de France. La politique de transposition choisie par le Maroc trouve donc toute sa justification. Dans certains cas, les normes sont adaptées, lorsqu’elles font appel par exemple à l’utilisation de matériaux locaux comme le sable, le granit ou le marbre qui ont des caractéristiques spécifiques au pays. Mais dans d’autres domaines, comme celui de l’électricité où la standardisation est de mise à l’échelle internationale, les normes sont tout simplement transposées tel quel ».